Et si on changeait les 5 positions du basketball pour une toute nouvelle méthode de classification?

Dans le cadre des Finales de la NBA, Danny Green s’est positionné bien confortablement dans un coin de terrain pour décocher l’un de ses fameux triplés, qui sont maintenant synonymes de son nom. Alors que LeBron James donnait la main à son coéquipier, Sam Kalman qui observait la partie d’une chambre d’hôtel de Pittsburgh s’est tourné vers son ami et colocataire Jonathan Bosch pour lui dire : « Ça, c’est notre 3-point shooting guard » (ou garde tireur de 3 points).

Une telle réaction peut sembler étrangement spécifique, mais Kalman ne faisait que mettre en évidence le rôle que Danny Green joue depuis des années chez les Spurs de San Antonio, les Raptors et maintenant les Lakers. C’est aussi le rôle que les deux jeunes hommes de la chambre d’hôtel entrevoient Green remplir pour les années à suivre.

Bosch et Kalman sont à leur troisième année d’université aux collèges de Syracuse et de Purdue, respectivement. Les deux hommes aspirent à devenir des experts de statistiques avancées et d’analyse du basketball de la NBA. Même s’ils raffolent de ce sport, ils ne sont pas les plus grands amateurs du système actuel de positionnement des joueurs, c’est-à-dire Point Guard (meneur de jeu), Shooting Guard (arrière ou garde), Small Forward (ailier), Power Forward (ailier fort ou avant) et Center (centre ou pivot).

Les deux universitaires proposent donc une méthode totalement différente afin de classer absolument tous les joueurs de la NBA, remplaçant ce format à cinq positions qu’ils jugent désuet. La ligue a évolué énormément au fil des dernières années dans cette direction qu’est celle du basketball sans position ou small ball. Daryl Morrey et Mike D’Antoni pourraient vous en parler …

Comme résultat, plusieurs joueurs hybrides peuvent aujourd’hui combler et défendre plus d’une de ces positions, et le font de soir en soir. L’association est aussi parsemée d’athlètes uniques qui ne correspondent pas vraiment à aucune de ces cinq catégories.

Giannis Antetokounmpo a connu la majorité de son succès en tant que power forward, mais est entré dans la NBA en tant que small forward. Certains hommes du circuit comme Anthony Davis et Kristaps Porzingis jouent au funambule sur la ligne entre power forward et pivot, tout en excellent des deux côtés du ballon, et ce ne sont que quelques exemples de ces joueurs qui défient les normes.

Anthony Davis et Kristaps Porzingis
Photo : Vernon Bryant/The Dallas Morning News

Les deux jeunes fervents amateurs de statistiques avancées affirment que ce n’est pas seulement ces trois noms qui transcendent les rôles archaïques assignés aux joueurs, mais que c’est aujourd’hui le cas pour une panoplie de membres du circuit Silver. C’est particulièrement le cas quand il en vient à décrire le meneur de jeu traditionnel.

« Ben Simmons, par exemple, nous n’avons jamais vu quiconque faire ce qu’il fait » a dit Jonathan Bosch en entrevue, « Il ne tire pas de 3 points, mais il manie le ballon très souvent et mesure 6 pieds 10 pouces. Nous ne croyons pas qu’affirmer que lui et Kemba Walker sont des points guards signifie qu’ils ont la même fonction sur le terrain, parce qu’ils n’ont simplement pas la même. »

Il serait donc peut-être grand temps de songer à un changement de relief drastique, avec une méthode de qualification plus compréhensive, qui dit adieu aux cinq positions pour plutôt inclure neuf groupes qui englobent l’entièreté des joueurs de la NBA.

Voici le modèle qu’ont proposé Bosch et Kalman à la conférence de Sloan Sports Analytics, en mars dernier, à Boston :

RÔLEDESCRIPTION
Floor General (Meneur de jeu)Joueur de petite stature qui priorise la distribution du ballon et qui tire au panier de façon moins fréquente. (Chris Paul, Kyle Lowry, Rajon Rondo, etc.)
High-usage Guard (Garde à haute utilisation)Joueur de petite à moyenne stature qui a certaines habiletés de passeur mais qui a majoritairement un rôle de marqueur, souvent avec peu d’efficacité. (Bradley Beal, DeMar DeRozan, Tim Hardaway Jr., etc.)
Ball-dominant Scorer (Marqueur dominant)Joueur polyvalent efficace qui marque le ballon à un haut niveau, de plusieurs façons différentes. Le ballon se retrouve dans ses mains lorsqu’un panier est nécessaire, en situation de fin de match. (LeBron James, Kevin Durant, James Harden, etc.)
3-point Shooting Guard (Garde tireur de 3 points)Tireur d’élite au périmètre qui distribue rarement le ballon pour autrui. (Klay Thompson, Danny Green, JJ Redick, etc.)
Stretch Forward (Ailier fort périphérique)Joueur de grande stature qui se spécialise en tir extérieur et au rebond. (Myles Turner, Davis Bertans, Nikola Vucevic, etc.)
Skilled Forward (Ailier habile)Capteur de rebond élite, de grande stature, qui peut marquer de différentes façons. (Anthony Davis, Karl-Anthony Towns, Kristaps Porzingis, etc.)
Versatile Role Player (Joueur de rotation polyvalent)Peu importe la stature, un joueur commun qui a une contribution moyenne sur tous les plans. (Draymond Green, Robert Covington, Andre Iguodala, etc.)
Mid-Range Big (Big man expert de mi-distance)Joueur de grande stature qui excelle au rebond, en défensive intérieure et avec son tir de mi-distance. (LaMarcus Aldrige, Domantas Sabonis, Marc Gasol, etc.)
Traditional Center (Pivot traditionnel)Joueur de grande stature avec de grandes capacités défensives à l’anneau et un excellent capteur de rebond qui s’aventure rarement au périmètre. (Rudy Gobert, Andre Drummond, Hassan Whiteside, etc.)

Ces archétypes sont imparfaits, certes, mais ils peuvent permettre à tous ou presque tous les joueurs d’y trouver leur compte. Certaines exceptions existeront toujours, mais cette méthode permet de mieux différencier les joueurs de même position comme Ben Simmons et Kemba Walker, ou comme Nikola Jokic et Montrezl Harrell, par exemple.

Plusieurs énergumènes comme Giannis, Zion Williamson, Joel Embiid et d’autres auront tout de même de la difficulté à trouver leur niche, puisqu’ils correspondent à plusieurs catégories à la fois. Bosch et Kalman précisent que le produit de leur recherche (issu de longues heures à étudier des statistiques avancées) n’est pas une science exacte. La formule peut changer et évoluer, tout comme l’a fait et continuera de faire le sport.

Formule gagnante

Le point final des deux apprentis analystes vise les franchises de la NBA. Les deux jeunes croient que ces concessions auraient beaucoup à gagner en suivant ce modèle afin d’optimiser la construction de leurs formations.

Bosch et Kalman ont d’ailleurs découvert que des alignements gagnants incluent habituellement un « marqueur dominant », entouré de tireurs de l’arche comme des « gardes tireurs de 3 points » ou des « ailiers forts périphériques ». L’efficacité est ici la clé du succès.

En contre-partie, un lineup de basse qualité, selon les études des deux Américains, contient trop de « gardes à haute utilisation » et de « joueurs de rotation polyvalents ». Les joueurs de rotation ont tout de même leur place au sein d’un club gagnant, mais en quantité limitée.

On peut penser ici aux Warriors de Golden State et leur alignement de la mort en 2017. Steve Kerr envoyait alors sur le terrain Stephen Curry, à la fois meneur de jeu et « marqueur dominant », combiné avec le « garde tireur de 3 points » parfait en Klay Thompson, en plus de Kevin Durant, un autre « marqueur dominant » ainsi qu’Andre Iguodala et Draymond Green, tous deux des « joueurs de rotation polyvalents » idéaux.

Résultat : l’une des meilleures équipes de tous les temps et peut-être le 5 partant le plus équilibré de l’histoire.

Photo : Sports Illustrated

L’utilisation de cette nouvelle méthode de classification pourrait changer à jamais la façon dont nous parlons du basketball. Les jeunes joueurs, futures vedettes de la NBA, pourraient aussi commencer plus tôt à s’entraîner en visant à correspondre à l’un de ces groupes, plutôt que d’apprendre à jouer selon leur taille – comme c’est trop souvent le cas.

Reste à voir si de grands noms dans le monde médiatique du sport adopteront cette façon de faire. Malheureusement pour Sam Kalman et Jonathan Bosch, les chances que leur idée soit adoptée de façon universelle sont presque inexistantes. Après tout, le modèle de qualification actuel est en place depuis plus de 70 ans …

Cet exercice de classification est tout de même intéressant à faire et il ouvre une toute nouvelle porte, nous offrant un point de vue différent et un moule plus malléable. C’est peut-être le début d’une révolution dans l’univers basketball et tout ça témoigne de la belle métamorphose que connaît cette discipline, autant dans la grande ligue que partout à travers le monde.

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Liam Houde
Liam a gradué en journalisme au Collège La Cité, à Ottawa. Il aime marier son amour de la rédaction avec sa passion pour le basketball et son objectif est de faire du Québec un endroit où ce sport est un élément clé de la culture.
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