La mort de George Floyd soulève les joueurs de la NBA

« Le sport a le pouvoir de changer le monde. Il a le pouvoir d’inspirer. Il a le pouvoir d’unir d’une manière que peu de choses peuvent faire. Il s’adresse aux jeunes dans un langage qu’ils comprennent. Le sport peut créer de l’espoir là où autrefois il n’y avait que du désespoir. »

– Nelson Mandela

Les images de l’arrestation violente de George Floyd ont parcouru le monde entier, ces dernières heures. Politiciens, activistes et influenceurs ont prononcé leur colère et leur désarroi, face à ce qui semblait être une violence indue et injustifiée envers un jeune homme noir.

À travers la NBA, les stars ont uni leurs voix aux dénonciations et se sont soulevés d’un trait, afin d’exprimer leur incrédulité à l’égard d’une force policière excessive, coupable du décès de M. Floyd.

À la voix de Lebron James, s’est ajoutée celle de Stephen Curry, Paul George et Stephen Jackson, entre autres.

Celle de Stephen Jackson touche particulièrement – un cri du cœur, de la part d’un ami proche de George Floyd, également natif du Texas :

Le fait que cette histoire ait résonné aussi lourdement à travers les sphères de la NBA ne devrait pas surprendre. Tout d’abord, la NBA est le sport professionnel qui affiche le plus de diversité ethnique et raciale, non seulement sur le terrain, mais à l’extérieur également avec ses joueurs, entraîneurs et directeurs généraux. Dans les faits, près de 75% des joueurs, parmi les 30 équipes de la ligue, sont afro-américains.

De plus, la NBA est ancrée depuis très longtemps dans la culture hip-hop, très prisée et appropriée par les communautés noires aux États-Unis. Très souvent, les étoiles de la ligue sont perçues comme des idoles et de véritables modèles à travers les différentes générations, jeunes comme moins jeunes : MJ, Magic, Erving, Wilt, Lebron.

Pendant de nombreuses années, ces vedettes ont refusé de se prononcer à voix haute au sujet des inégalités raciales qui perdurent aux États-Unis. D’ailleurs, l’un des reproches souvent formulés auprès des Michael Jordan et Tiger Woods de ce monde, est le fait qu’ils refusaient systématiquement, et refusent toujours, de froisser les susceptibilités des uns et des autres. L’important, à leurs yeux, et sûrement aux yeux de leurs commanditaires et de leur brand, était de demeurer politiquement correct.

Ces dernières années, cependant, les mentalités semblent avoir changé. Suite au départ du commissaire David Stern et sous la gouverne d’Adam Silver, un homme progressif et avant-gardiste, nous remarquons une prise de conscience sociale et raciale, au sein de la ligue. D’ailleurs, dès son arrivée comme commissaire, Silver n’a pas hésité à suspendre indéfiniment l’un des propriétaires les plus puissants et les plus ouvertement racistes de la ligue, Donald Sterling. Ce qui aura eu pour effet d’imposer le ton pour la suite de son mandat :

Adam Silver bannit Donald Sterling de la NBA

Suite à des commentaires grossièrement vulgaires à l’égard d’athlètes à la peau noire, les joueurs des Clippers, dont Chris Paul, Blake Griffin et DeAndre Jordan, auraient refusé de jouer à nouveau pour les Clippers, si la ligue n’était pas décisive et incisive. Message reçu : Donald Sterling n’a plus jamais remis les pieds au Staples Center et a dû se résoudre à vendre l’équipe.

Depuis ce temps, noir ou blanc, plusieurs des plus grands acteurs de la scène NBA se sont prononcés à maintes reprises, avec passion et véhémence, au sujet d’incidents qui reflètent une inégalité et une injustice systémique aux États-Unis : Steve Kerr, Gregg Popovich, Steph Curry, CP3 et King James. Ces protagonistes de premier rang ne se gênent plus pour user de leur porte-voix afin d’attirer l’attention sur des causes qui leur tiennent à cœur, quitte à se mettre certains pans de la population ou partis politiques à dos.

Quelques raisons peuvent expliquer cette volonté de s’exprimer plus librement : ces jeunes athlètes sont noirs mais surtout indépendants de fortune et possède désormais, par l’entremise des médias sociaux, une voix et une influence hors norme sur la culture populaire; ils sont extrovertis, libres d’esprit et de toute contrainte. Si l’ancienne génération a souvent fait face aux réprobations de la ligue et des propriétaires de leurs équipes respectives, qui tenaient le gros bout du bâton et influence contraignante, la vapeur est désormais renversée. Les joueurs exercent maintenant un impact direct sur les politiques de la NBA, menés par des leaders et personnalités fortes comme Lebron et Chris Paul. Ce changement de cap a permis de renforcer l’ascendant de l’Association des joueurs (NBPA) qui est maintenant, sans aucun doute, l’association de joueurs la plus puissante parmi les sports professionnels.

Également, il est important de rappeler qu’une grande proportion de ces joueurs ont grandi et évolué au sein d’états américains, sudistes pour la plupart, qui subissent encore les contrecoups de politiques ségrégationnistes d’années antérieures; beaucoup d’entre eux ou leurs parents ont grandi dans la pauvreté des ghettos américains et tout ce que ça comprend. Les inégalités raciales et économiques, ils les ont vécues et vaincues. Ce type d’héritage, peu importe notre évolution personnelle et nos succès, reste très certainement ancré dans nos mœurs, nos perceptions et nos réflexes. Un incident tel que le décès de George Floyd et Ahmaud Arbery, provoquent donc présentement une réaction très forte parmi les communautés noires et autres. Les mécanismes de défense s’enclenchent, les poings se referment, les dents grincent. George et Ahmaud auraient très bien pu être l’un des leurs. Les rôles auraient même très bien pu être inversés. Ces athlètes ont été bénis des dieux; ils ont eu la chance incroyable d’être né avec des talents et des capacités physiques uniques et se savent chanceux. Il faut en parler.

La NBA est désormais un sport véritablement international et démocratique : un enfant, peu importe sa géographie, la couleur de sa peau ou son statut social peut trouver un ballon rond et le lancer dans un panier bricolé de toutes pièces. Si le soccer est l’ultime sport planétaire, le basket n’est pas loin derrière.

La NBA devient exponentiellement populaire, ces dernières années, sur le continent africain. Cet engouement est mené entre autres par Masai Ujiri et son programme Giants of Africa. Pour des raisons économiques et morales, cette popularité leur incombe la responsabilité de parler haut et fort, ce que Masai fait admirablement bien.

https://www.thestar.com/sports/raptors/opinion/2018/01/12/raptors-gm-masai-ujiri-fumes-at-trump-s–hole-slur-were-proud-of-where-were-from.html

En somme, le basket est devenu, au fil des ans, une partie intégrale de la culture afro-américaine et s’est associée très étroitement, depuis les années 1990, à la culture populaire. Le monde du basket évolue quelque peu en vase clos, dans son propre monde excentrique, opulent et démesuré. Cependant, ce monde n’est pas devenu pour autant représentatif du progrès de la communauté noire en Amérique, qui continue de souffrir de disparités sociales et raciales. La richesse et le pouvoir de ces jeunes professionnels, en contrebalance de leurs communautés respectives, ne fait que décupler l’importance, pour eux, de s’exprimer haut et fort sur des sujets brûlants d’actualité, afin d’influencer le discours et mener au changement. Pendant ce temps, les fossés économiques s’accentuent, mais leur éveil social continue de progresser et leur voix, de s’élever au-dessus de la mêlée.

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