Mahmoud Abdul-Rauf: un des athlètes les plus engagés des années 90

Au milieu des années 90, Mahmoud Abdul-Rauf a sacrifié sa carrière dans la NBA alors qu’il était à son apogée. Tout comme Colin Kaepernick l’a fait plus récemment, le guard refusait de se lever pendant l’hymne national avant les matchs parce qu’il voyait le drapeau américain comme un symbole d’oppression et de racisme. Selon lui, les valeurs véhiculées par ce drapeau ne s’accordaient pas avec les siennes et celles de sa religion. Un peu plus de 20 ans plus tard, Abdul Rauf, maintenant âgé de 51 ans, ne regrette absolument rien. 

Dans l’histoire, plusieurs athlètes ont pris des risques afin de dénoncer des injustices ou de défendre des causes. Certains d’entre eux ont même perdu leur carrière ou ont connu de conséquences importantes. De Muhamed Ali refusant d’aller en guerre au Vietnam pour les États-Unis puisqu’il n’était pas en accord avec leur position politique jusqu’à Colin Kaepernick posant un genou par terre durant l’hymne national américain en passant par les poings en l’air de Tommie Smith et John Carlos sur le podium lors des Jeux olympiques de 1968. 

La majorité du temps, ces sportifs cherchaient à se prononcer contre l’oppression et le racisme. Aujourd’hui, plus que jamais, de nombreux athlètes utilisent leur plateforme pour partager leurs opinions et pointer du doigt des injustices. On a pu le constater au cours de la dernière semaine alors que des millions d’Américains se sont mobilisés pour dénoncer le décès tragique de George Floyd, un homme noir innocent et non armé assassiné par un policier blanc en public. Il ne s’agit pas de la première injustice du genre survenue aux États-Unis malheureusement. Loin de là. Toutefois, c’est la goutte qui a fait déborder le vase.

Depuis que cette injustice a eu lieu, beaucoup de joueurs et anciens membres de la NBA se sont exprimés sur les réseaux sociaux pour partager leurs opinions sur la situation. Parmi ceux-ci, on peut compter LeBron James, Steve Nash, Jamal Crawford et Donovan Mitchell pour n’en nommer que quelques-uns. D’autres basketteurs professionnels, dont Jaylen Brown, Stephen Jackson, Malcolm Brogdon, Marcus Smart et Karl-Anthony Towns, se sont joints aux manifestations ayant lieu dans de nombreuses villes aux États-Unis.

Au cours des dernières années, les athlètes engagés semblent être plus acceptés qu’auparavant. Au cours des années 90, ils se faisaient plus rares. Plusieurs préféraient garder le silence. Ce n’était pas le cas de Mahmoud Abdul-Rauf.

Le sacrifice de Mahmoud Abdul-Rauf

Avant de se convertir à l’islam en 1991 et de changer son nom en 1993, Mahmoud Abdul-Rauf se nommait Chris Jackson. Dès sa première campagne à LSU en 1988, le jeune guard a impressionné en accumulant des moyennes de 30.2 points et 4.1 passes décisives. Il était évident qu’avec son talent indéniable et sa capacité à marquer, il allait éventuellement se rendre dans la NBA et devenir un joueur important. Dans sa deuxième et dernière saison à l’université, Abdul-Rauf a continué à performer à un haut niveau alors qu’il partageait le terrain avec Shaquille O’Neal. En juin 1990, les Nuggets l’ont sélectionné avec le 3e choix du repêchage.

Dans ses 6 premières saisons à Denver, Mahmoud a réussi à faire sa place dans la ligue. Il a connu de moments forts dont une performance de 51 points contre John Stockton et le Jazz en 1995 et un duel contre Michael Jordan en 1996. Les Nuggets étaient l’une des seules équipes ayant battu les fameux Bulls durant leur saison historique (72-10). Avec son style de jeu, Abdul-Rauf aurait pu facilement s’intégrer dans la NBA d’aujourd’hui. Il était très habile avec son drible et il était capable de créer de l’espace entre lui et la défense. Son adresse derrière la ligne de 3 points lui a même valu une comparaison à Steph Curry venant de la part de Phil Jackson il y a quelques années. L’ancien joueur des Nuggets tentait un haut volume de tir à distance pour l’époque. 

Après avoir refusé de se lever pendant l’hymne national américain en 1996, Abdul-Rauf a connu plus d’une conséquence. Pour commencer, la NBA l’a suspendue pour un match. La NBPA, de son côté, lui a offert son soutien et il est arrivé à une entente selon laquelle il allait se lever pendant la cérémonie d’avant-match, mais tout en faisant une prière.

Mahmoud Abdul-Rauf qui respecte son entente avec la NBPA en se levant pendant l’hymne national, mais tout en priant le 15 mars 1996 avant un match contre les Bulls. Crédit: Getty Images.

Malgré le fait qu’il était le meilleur marqueur de son équipe pendant toute la saison, alors qu’il tournait à 19.2 points par match, Denver a décidé d’échanger le guard pendant l’été 1996. Avec sa nouvelle équipe, les Kings, son rôle a énormément diminué. Il a perdu une bonne partie de son temps de jeu pour finalement ne plus faire partie de l’alignement partant. Sa situation était semblable à celle de Colin Kaepernick aujourd’hui. Un joueur talentueux qui perd sa place dans une ligue professionnelle à cause d’une prise de position. La NBA voulait le punir.

En 1998, son contrat s’est terminé et aucune équipe ne lui en a offert un nouveau. Il n’avait que 29 ans, mais il n’a même pas eu la chance de participer à un entraînement avec une des 30 organisations. L’athlète est donc parti jouer en Turquie éventuellement. Il a fait un retour dans la NBA avec les Grizzlies en 2000, mais il n’est resté à Vancouver que pendant une saison et il jouait seulement 12 minutes par match. Ensuite, il a passé les 6 années suivantes à jouer à l’international. On a pu récemment le voir dans la ligue du rappeur Ice Cube, Big 3.

Aucun regret

Les Américains sont reconnus pour être très patriotiques. Ils ne semblent pas accepter qu’un individu quelconque démontre un manque de respect envers leur drapeau. Pour cette raison, les gens dans le pouvoir auraient donc cherché à mettre fin à la carrière de Mahmoud Abdul-Rauf selon ses dires. Il a reçu plusieurs menaces de mort au fil des années dues à sa prise de position, mais à ce jour il ne regrette pas sa décision.

« Je suis content de pouvoir aller me coucher la nuit en sachant que je me suis battu pour mes principes », a dit Abdul-Rauf à Jesse Washington de The Undefeated en 2016. « Même si je perds tout mon argent et que je deviens pauvre, même s’ils m’enlèvent la vie, peu importe, je sais que je me suis battu pour mes principes. À mes yeux, cela a plus de valeur que la richesse ou le statut de célébrité. »

L’homme de 51 ans compare sa situation à celle de Kaepernick. Selon lui, la NBA a mis fin à sa carrière prématurément à cause de ses opinions.

« Ce n’est qu’un processus », a dit Abdul-Rauf. « Ils essaient de se débarrasser de toi. Ils essaient de te mettre dans des situations dans lesquelles tu es vulnérable. Ils jouent avec ton temps de jeu pour essayer de te faire perdre ton rythme. Par la suite, ils te laissent sur le banc. Au bout du compte, tu as l’air d’un joueur qui n’est plus au même niveau et ils t’échangent. C’est comme une sorte de complot. Ils te placent dans certaines situations dans le but de te voir échouer. Ils se débarrassent de toi pour faire peur aux autres joueurs et créer un exemple. »

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Dominic Gildener
Dominic étudie en journalisme à l'Université de Montréal. Il est passionné par la NBA depuis l'âge de 10 ans. À l'aide de sa plume, il souhaite partager cette passion avec le public. Il se dit satisfait de voir la popularité du basketball augmenter au Québec.
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