Faut-il considérer les Celtics comme prétendants au titre?

Publié le 11 mars 2022 par Liam Houde

Si quelqu'un vous avait affirmé au début de la saison 2021-2022 qu'elle ou il jugeait que les Celtics de Boston seraient fermement dans la course aux grands honneurs de la NBA lors de l'imminente saison, vous lui auriez possiblement ri au visage. Cette affirmation quelques semaines plus tard? Encore plus risible. Maintenant, après 67 matchs dans le rétroviseur pour la troupe d'Ime Udoka, il y a pourtant matière à se poser sérieusement la question. Les C's ont été sensationnels depuis le changement de calendrier vers 2022 – ou depuis Noël 2021, selon où vous préférez tracer la ligne –, peut-être la meilleure équipe de basketball du circuit. Est-ce suffisant pour les placer parmi l'élite des plus menaçantes formations en vue du parcours éliminatoire qui les attend?

Jetons vite fait un coup d'œil aux statistiques et accomplissements collectifs des joueurs de Boston, question d'établir leur statut au sein de l'écosystème des meilleurs candidats au titre de champions de la NBA.

Depuis le 1er janvier 2022, les Celtics de Boston :

  • ont la meilleure cote défensive (DefRTG) avec 103.4 points alloués par 100 possessions
  • ont la septième meilleure cote offensive (OffRTG) avec 115.1 points marqués par 100 possessions
  • ont le meilleur Net Rating (différence entre cote défensive et offensive) avec une cote de 11.5
  • ont le meilleur différentiel de points avec 340, soit 58 de plus que la deuxième position (Suns de Phoenix)
  • forcent leurs opposants à marquer en moyenne 100.6 points par match, la plus basse production de points adverses (OppPTS/G)
  • forcent leurs opposants à déployer une efficacité moyenne de 42%, le plus bas rendement adverse (OppFG%)
  • forcent leurs opposants à enregistrer en moyenne 21.3 passes décisives par match, la plus basse production de passes décisives adverses (OppAST/G)

À ces stats s'ajoute la séquence récente de l'illustre franchise face à des adversaires en position de faire le tournoi d'après-saison (play-in ou playoffs), soit 12 gains consécutifs contre ces dernières. La liste inclut, en ordre chronologique, les Pelicans, le Heat, les Hornets à deux reprises, les Nets à trois reprises, les Nuggets, les Hawks à deux reprises, les 76ers et les Grizzlies.

Sans doute, en examinant ces nombres, on constate que l'entraîneur-chef de première année Ime Udoka a fait de cette unité la meilleure équipe défensive du circuit, après le début de campagne pourtant lamentable des Celtics. On ne pouvait certainement pas en dire autant du travail d'Udoka à ce moment de la saison; particulièrement après avoir entamé 2021-2022 au son de 18 victoires et 21 défaites, glissant jusqu'au 11e rang de sa conférence après un peu moins de quatre mois.

Désormais, Boston jouit d'une cinquième place au classement qu'elle tient depuis le 4 mars, au sein d'une rude course vers le sommet de l'Est. Grâce à 40 victoires pour seulement 27 revers, cette équipe au noyau endurci démontre qu'elle est maintenant digne d'être considérée parmi l'élite de l'association, puisque si la chimie et l'effort défensif qui y existe aujourd'hui avait été au rendez-vous dès le moment d'amorcer la campagne, les discussions seraient bien différentes.

Or, tel n'était pas le cas. L'ambiance était plutôt à la bisbille dans les vestiaires des Celtics à l'automne, selon toutes apparences. Nous nous souviendrons notamment des commentaires de Marcus Smart à l'endroit de Jayson Tatum et Jaylen Brown voulant que ces derniers « ne passaient pas le ballon », ou de la remarque du coach qui affirmait que ses athlètes « manquaient de force mentale ».

Ces épisodes de querelle publique entre les membres de l'organisation marquaient le point le plus bas de l'équipe depuis bien longtemps. Mais ces hommes sont conjointement parvenus à se relever de cette chute difficile et à simultanément remonter la pente, afin de sortir du gouffre qu'ils se sont eux-mêmes creusé, dans ce qui est l'un des revirements de situation – en milieu de calendrier régulier – les plus exceptionnels de tous les temps.

Ce qui est tout aussi exceptionnel, facteurs principaux de cette renaissance soudaine, ont été l'effort et le dévouement défensifs conséquemment déployés par les hommes vêtus de vert. D'un point de vue extérieur, le changement d'attitude et de consécration des Celtics était évident à travers nos téléviseurs, comme si le message d'Ime Udoka avait finalement passé.

Eh bien, ce n'est pas bien loin de la réalité, ils semblaient tout compte fait être « bought in », comme diraient nos homologues anglophones.

Les schémas défensifs du jeune entraîneur n'avaient néanmoins pas beaucoup changé : on permute (switch) sur pratiquement chaque écran posé, on effectue nos rotations rapidement et avec intention, puis on demeure agressifs dans les lignes de passes et sur nos close-outs. Sur papier, il ne s'agit pas d'une stratégie bien différente de celle de plusieurs clubs à travers la ligue; les Raptors opèrent avec une approche très similaire.

Alors, pourquoi Boston possède un rendement défensif aussi largement supérieur à celui des Torontois (14e)?

Oui, l'effort en est pour beaucoup, mais Udoka dispose également d'une arme secrète : Robert « Time Lord » Williams.

L'ancre du bateau

À sa quatrième année chez les professionnels, le centre de 24 ans et environ 6 pieds, 9 pouces n'épate personne avec ses statistiques traditionnelles, mais une opportunité grande de 54 départs au pivot – contre seulement 16 départs totaux à ses trois premières campagnes – a su déverrouiller un potentiel défensif qui n'avait été que brièvement exploité auparavant.

Le gaillard qui obtient maintenant 30 minutes de jeu par soir a limité les fautes personnelles qu'il commet à 2.7 par 36 minutes, soit une amélioration en contraste avec 3.6 par 36 minutes avant cette année. S'il n'ajoute que 10.0 PTS, 9.8 REB, 2.0 AST et 0.9 STL par rencontre au tableau, il mène cependant le circuit grâce à 2.2 contres moyens.

Comme partagé dans notre tweet ci-bas, Rob Williams peut également se vanter en 2021-2022 d'avoir la meilleure cote défensive personnelle avec 101.9 points alloués par 100 possessions, ainsi que le meilleur impact sur l'efficacité des joueurs qu'il défend (OppFG%), ce qui veut dire que ceux défendus par Williams présentent un rendement au tir (FG%) inférieur de 6.4% à leur taux d'efficacité habituel, en moyenne.

Oh, et « Time Lord » arbore d'ailleurs le deuxième meilleur pourcentage de contres (BLK%) après Rudy Gobert, un triple-Joueur défensif de l'année, et la sixième meilleure marque de Defensive Win Shares (victoires ajoutées par la défense) de la NBA.

Malgré tous ces chiffres éblouissants, il est rare que Williams complétera des jeux défensifs qui sautent aux yeux, comme le partisan de la NBA est accoutumé de voir de la part des grands protecteurs d'anneau. Mais il fera la coupure du top 10 des actions de la soirée, à l'occasion. C'est entre autres parce que le centre polyvalent agit généralement à titre de roamer (rôdeur) près de la clé, en zone défensive.

En ce faisant, Williams – grandement influencé par le mentorat du vétéran Al Horford – permet plus de liberté à ses coéquipiers en défense et s'assure de protéger le panier en cas de pénétration adverse, lui qui demeure presque constamment en mode help (aide). Gobert, en Utah, est couramment utilisé à cet effet lui aussi, ce qui bonifie la défensive de permutation du reste du collectif.

À travers le dernier échantillon prélevé chez les C's, il s'agit d'une tactique qui porte ses fruits – peut-être même plus qu'escompté. Il faudra toutefois que ce système avec Robert Williams comme ancre fasse ses preuves en éliminatoires, mais à en juger des récents triomphes du club, la traduction vers les séries devrait se faire sans trop de problèmes.

Il n'y a pas que son surnom qui soit formidable dans le cas de Robert Williams, ses dunks et sa défense aussi.

La pièce ultime consolide le tout

L'acquisition de Derrick White à la date limite des transactions qu'a fait Brad Stevens, il y a déjà plus d'un mois, est certainement venue renforcer ce que les Celtics font en défensive, certes… Le niveau de jeu de Marcus Smart comme quart-arrière offensif et défensif atteint des sommets peut-être inégalés dans sa carrière, par moments, certes… Ime Udoka s'est tâché d'obtenir le meilleur de chacune de ses pièces bidirectionnelles, certes…

Mais il en demeure que rien de ce qu'ont accompli les hommes du Massachussetts serait possible sans l'apport constant de Jayson Tatum.

Certains disent qu'une bonne défense n'est qu'aussi bonne que son attaque le lui permet. Bien, dans ce cas, les salves offensives de Tatum autorisent un monde de possibilités aux Celtics.

À 24 ans, déjà membre de trois équipes All-Star et nommé comme joueur All-NBA en 2020, JT monte actuellement sa meilleure campagne individuelle, quelque peu sous le radar. Il faut cependant considérer que l'ailier est moins efficace du périmètre que lors d'anciennes saisons, ne décochant le tir à 3 points qu'à 34% en neuf tentatives par soir. N'empêche que ses 26.8 PTS, 8.2 REB, 4.3 AST et son rendement de 51% sur ses lancers à 2 points représentent tous des sommets en carrière.

Pour le produit de Duke qui a égalé la marque de Larry Bird dans la colonne des matchs à 50 points ou plus, avec un quatrième de la sorte inscrit récemment, les jolies performances ne font que s'empiler. C'est d'autant plus vrai dernièrement, à ses 20 dernières sorties.

À travers cette large fenêtre, la vedette de 6 pieds, 8 pouces maintient des moyennes de 30.1 PTS, 7.4 REB et 5.0 AST sur 50% au tir, 39% aux 3 points et 87% des lancers francs. Ces moyennes sont également loin d'être des calories vides, puisque son unité s'entichait d'un bilan de 17 gains et trois revers pendant ce temps.

Ce n'est pas tout. Tatum fait de mieux en mieux, à mesure qu'il évolue au travers du calendrier. Au mois de mars, il récolte en moyenne 42.0 PTS, 6.0 REB et 4.5 AST par joute en tirant à 56% du terrain, 46% de l'arche (10 tentatives par match) et 87% de la ligne de charité.

Jaylen Brown, son acolyte et deuxième morceau du binôme des « Jays », fait très bien récemment, lui de même. Or, ses productions ne sont pas comparables aux prouesses de Jayson, même si en séries, elles seront tout de même nécessaires au bien-être de cette machine adéquatement huilée.

Aujourd'hui, l'ascension des Celtics ne semble pas connaître de ralentissement, ce qui signifie que ces derniers pourraient être en voie de supplanter les Bulls, les 76ers, les Bucks et même le Heat pour se hisser jusqu'au tout premier échelon du tableau de conférence, car seulement quatre matchs les séparent de la première tête de série.

Dans un scénario où ce groupe bénéficie de l'avantage d'une première place, est-il fou de penser qu'ils ont de bonnes chances devant les mastodontes de l'Est? Considérons le faits suivants : des Tatum et Brown expérimentés n'ont pas froid aux yeux lorsque les projecteurs des playoffs brillent sur eux, l'Est comporte plusieurs prétendants mais aucun favori évident et un certain degré d'incertitude plane toujours autour du duo de superstars des 76ers.

Quant à Miami et Milwaukee, l'avantage est toujours le leur, à raison de meilleure profondeur et une plus grande collection de pointeurs, mais dans une série de sept affrontements contre un club qui prône la défensive autant que les bostonnais, il faut être vigilant, car la profondeur pourrait devenir obsolète rapidement.

Personnellement, je ne voudrais pas être dressé contre les Celtics de Boston en séries, particulièrement si je doit me rendre au TD Garden à quatre reprises.

Au moment d'écrire ces lignes, Tatum et sa bande s'affairent à leur préparation en vue d'un combat à domicile face aux Pistons de Detroit. Ils croiseront le fer à 19h30, le vendredi 11 mars, et ce pour une quatrième occasion en 15 engagements. Boston est sortie vainqueur des trois premiers.

Source des statistiques : statmuse.com, nba.com/stats et basketball-reference.com

Mise à jour :

Les Celtics ont vaincu les Pistons pour les balayer dans la « série de saison », tout en signant une cinquième victoire consécutive et une 41e en 68 matchs. Jayson Tatum a enregistré 31 points, 8 rebonds et 6 mentions d'aide dans le gain.

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Par Liam Houde

Liam a gradué en journalisme au Collège La Cité, à Ottawa. Il aime marier son amour de la rédaction avec sa passion pour le basketball et son objectif est de faire du Québec un endroit où ce sport est un élément clé de la culture.

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